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     George Tartar

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Le fondateur du CETD, Georges Tartar, est décédé le 5 août 2003 à l'age de 88 ans. Voici une courte biographie.

Georges Tartar

vu par son deuxième fils, Luc

Les Chrétiens de langue arabe invoquent Dieu sous le nom d'Allah, ce qui était le cas de mon grand-père Elias et de mon père Georges, nés en Syrie dans une famille chrétienne, de rite Grec Orthodoxe.

Mon grand-père a ensuite opté pour une vision plus évangélique, et pendant près d'une dizaine d'années (1936 à 1946, je pense) il a prêché à Jérusalem pour une église évangélique américaine.  Vers 1949 ou 1950, il a remplacé mon père à une mission à Alep (au Nord de la Syrie), où il est resté jusqu'à sa mort, en 1975.  Il aimait entretenir les Musulmans sur les passages du Coran qui parlent de Jésus en termes toujours très élogieux.

J'ai toujours pensé que mon père n'avait qu'un prénom, Georges, mais son diplôme du baccalauréat dit qu'il se prénommait Georges Elias.  Aurait-il préféré ensuite ne pas utiliser son deuxième prénom par opposition à son père ?  Né en octobre 1915 à Damas, mon père est venu à Paris en 1935.  La Syrie étant un protectorat français à l'époque.

Il a travaillé comme tailleur avec son frère aîné Khalil, qui est venu à Paris l'année précédente.  Ils ont fréquenté le temple de Sainte Marie (Église Réformée de France).  Plus tard, mon père a eu la "vocation" de devenir missionnaire en terre musulmane, peut-être en liaison avec un vœu de mon grand-père.

Tout en travaillant comme tailleur, il a repris ses études pour son baccalauréat (juillet 1943), il s'est marié (novembre 1943), il a obtenu sa licence de théologie (mars 1946) à la Faculté Libre de Théologie Protestante à Paris. Il a obtenu quelques certificats à l'Université de Paris (Études pratiques d'arabe, juin 1946, Philologie arabe, novembre 1946, Littérature arabe, juin 1947).  Auxquels s'est ajouté plus tard un certificat à l'Université d'Alger (Langues sémitiques, juin 1957), ce qui lui a donné une licence d'enseignement, qui lui a permis de devenir enseignant en 1962.  En juin 1977, il a obtenu un doctorat en sciences religieuses à l'Université de Strasbourg.

Il a été consacré au ministère de l'Église Réformée de France en novembre 1947.  D'abord et il a été missionnaire à Alep.  Puis à partir de 1950, il a été pasteur à La Mure, près de Grenoble.  Mon frère Jean-Marc, moi-même et ma sœur Édith sommes nés à Paris, en décembre 1944, décembre 1946 et avril 1949, alors que ma sœur Annie est née à La Mure en juin 1952.

En 1955, mon père a accepté un poste de Pasteur en Algérie, à Boufarik, et à cette occasion il s'est fait naturaliser Français.  En 1957, je crois, il a fondé une association "Union des Croyants", dans le but d'aider à la compréhension mutuelle des Juifs, Chrétiens et Musulmans, mais il est vite apparu que son intérêt a été un dialogue avec les Musulmans, qui est presque resté un monologue.  Pendant toute sa vie, il a travaillé sans relâche à ce projet, et il a publié de nombreuses études sur les passages du Coran qui parlent de Jésus, ou de Marie.

Il a été pasteur en Algérie jusqu'en 1962, puis enseignant d'Arabe (classique) de 1962 à son expulsion d'Algérie en 1970.  Puis il a été nommé conseiller pédagogique à l'ambassade de France à Amman pour s'occuper de l'enseignement du français en Jordanie de 1971 à 1977.  Il a été sans autre activité professionnelle jusqu'à sa mort en août 2003.  Moins de deux mois avant sa mort, il m'avait dit qu'il voulait encore publier une dernière étude, qu'il disait cruciale, mais son esprit n'était plus aussi clair et il était déjà au bout de ses forces.

Pendant les premières années de son ministère à Boufarik, c'était la période de la guerre d'Algérie, mon père allait se retrouver broyé par la machine politique, mais il n'avait pas vraiment le choix.

Pour mon père, qui n'était qu'intéressé à la présence chrétienne en Algérie, le maintien de la France en Algérie était nécessaire, et malgré cette position politique il n'a eu aucun problème à rester en Algérie jusqu'en 1970, alors que les pasteurs qui avaient soutenu le F.L.N. n'ont pas eu le courage de rester très longtemps.

Si les dirigeants de l'Église Réformée de France, qui ne sont que des gestionnaires, voulaient à l'époque imposer leurs positions politiques pro-F.L.N., c'était l'indice que des organisations religieuses pouvaient être détournées de leur fonction par des dirigeants sans scrupules ; de toute évidence, l'utilité de la séparation de l'Église et de l'État n'avait pas été bien comprise par tout le monde.

On a utilisé des méthodes de diffamation envers mon père, ce qui n'était pas très joli de la part de personnes sensées s'occuper de questions religieuses.  Mon père a finalement été exclu de l'Église Réformée de France par un synode pour raisons doctrinales, ce qui est quand même plus légal, bien qu'on puisse se demander si les membres du synode (moitié pasteurs, moitié laïcs) étaient informés des motivations politiques des dirigeants.

Comme l'avait fait remarquer mon grand-père maternel, Charles Boizard, si les Protestants pensent que leurs synodes sont plus infaillibles que ceux des Catholiques parce qu'ils ont une moitié de laïcs, la conclusion logique est qu'ils seraient encore meilleurs s'ils ne comportaient pas de pasteurs du tout !

Bien sûr, on touche là au problème délicat des jurys formés de gens (choisis délibérément) inexpérimentés, qui sont manipulés par des avocats expérimentés.  Si j'ai bien compris, l'argument pour sanctionner mon père était qu'il avait écrit que le prophète Mohammed (qu'on appelle trop souvent Mahomet en Français) était un "prophète".

Mon père avait perdu son emploi, mais il ne pouvait heureusement pas être expulsé, car le presbytère et le temple n'appartenaient pas à l'administration centrale de l'Église Réformée de France, car ils avaient été construits entièrement avec des fonds propres de la communauté protestante de Boufarik, et comme la moitié des paroissiens qui soutenaient mon père lui a payé la moitié de son salaire cela lui a permis de tenir jusqu'à l'indépendance de l'Algérie.

Jean-Marc et moi sommes retournés en France en mai 1962, et ma mère et mes sœurs ont dû revenir en France en 1968, je crois.  Ensuite, mon père est devenu enseignant pendant plusieurs années, ce qui lui a permis d'avoir une retraite décente, et il a remarqué évidemment que c'était une grâce de Dieu !

 





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